Guérilla (Le jour ou tout s’embrasa)

Auteur : Laurent Obertone, France
Edition présentée : LA MECANIQUE GENERALE, France, 2018 – 416 pages
Première édition : RING, France, 2016
Conférence de Laurent Obertone au Cercle Aristote (2017)

Laurent Obertone Guerilla

« Guérilla » de Laurent Obertone est un roman prospectif qui décrit  comment la société française pourrait se déliter et sombrer dans la guerre civile à cause d’un fait divers.

1. Structure du roman : Laurent Obertone Guerilla

Le récit est réparti en 57 chapitres assez courts, tous débutant par une citation. Le tout regroupé dans 3 parties : Jour 1 (après ce fait divers) / Jour 2 / Jour 3.

Ce texte, véritable étude sociologique,  décrit :
– Comment les médias « mainstream », donc l’Etat, présentent cet événement à la population.
– Comment différents types d’individus réagissent  à cette information.
– Comment un Etat, qui semble stable et immuable, pourrait s’effondrer.
– Comment l’effondrement de l’Etat et de ses représentations affecte le comportement de la population.

 

2. Le récit (sans spoilers pour le dénouement) : Laurent Obertone Guerilla

« Guérilla » se déroule en France, dans un contexte socio-économique situé légèrement dans le futur par rapport à notre époque actuelle (2020).

Laurent Obertone commence son récit par la description de ce qu’on pourrait appeler « un fait divers », sur lequel repose le reste du bouquin. Ce début de roman est d’autant plus précieux que c’est le seul moment ou la version réelle (et non déformée) des faits est exposée :

Suite  à l’appel d’une femme se déclarant en danger de mort, 3 policiers, dont une femme, se déplacent dans la cité la plus agitée de La Courneuve. A peine entrés dans le hall  de l’immeuble, ils tombent nez  à nez avec 10 shootés et se font rapidement encerclés. Alors qu’aucun mot n’a encore été échangé, le plus gradé des 3 policiers reçoit un coup de poing de la part d’un des shootés, bientôt rejoint par les 9 autres, dans un déchaînement de coups de pieds. La policière, terrorisée, finit par lâcher le malinois qu’elle tenait en laisse. L’animal se fait découper en morceaux à coup de machette.

Le brigadier, censé couvrir ses collègues, est tiraillé entre l’obéissance  à ses supérieurs lui dictant de ne pas tirer et son instinct de survie. Il finit par sortir son arme et tue 6 des 10 agresseurs. Il sort enfin du hall, emmenant avec lui sa collègue presque inconsciente. L’appel de la femme qui a incité les policiers  à se déplacer était en réalité un guet-apens.

Ce fait divers sera par la suite présenté à la population de façon biaisée à cause de carcans culturels bien établis en France. En représailles, la cité de la Courneuve se venge par des pillages, agressions, etc, et cette colère finit par se propager à la France entière. L’électricité est coupée, l’état d’urgence est déclaré, mais les représentants de l’Etat (police, pompiers, etc) ne parviennent pas à contrôler la situation, et le pays sombre dans le chaos. L’argent ne vaut plus rien, la démocratie a disparu au profit de la loi du plus fort. « Les citoyens pleurent comme des enfants, personne ne viendra plus les aider ».

On suit dans cet univers très sombre le parcours de divers personnages. Le lecteur perçoit toutefois quelques lueurs d’espoir au cours du récit : C’est la fin d’un monde, mais on perçoit la naissance d’un autre, avec des valeurs différentes. La suite du récit se déroule dans le tome 2 de « Guerilla » (sortie en 2020) : »Le temps des barbares ».

 

3. Les personnages principaux : Laurent Obertone Guerilla

Laurent Obertone met en scène une galerie de personnages aux profils très divers :

 – Des bloggeurs « influenceurs » : Zoé, de gauche, qui voue un culte au « lien social », quoi qu’il en coûte : N’hésite pas  à excuser des immigrés qui l’ ont agressé. Elle est touchante par sa naïveté extrême.  On suit également Kaspar, qui fait partie des identitaires d’extrême droite. Les premiers à avoir eu connaissance du fait divers qui a tout déclenché.

– Le colonel Fourreau, un ancien militaire à la retraite, de la Droite classique, qui attends d’être rappelé sous les drapeaux pour retrouver sa splendeur d’antan, de tendance modérée, et lucide sur le naufrage du pays. Capable de prendre du recul par rapport aux discours dominants. En couple depuis 40 ans avec Jocelyne, plus par habitude que par réel amour.

– Vincent Gîte, le petit fils du Colonel, recueilli par lui lorsqu’il était enfant, suite au suicide de son père et  à l’abandon par sa mère. Qualifié d’Extrême droite, raciste, qui n’hésite pas à tuer ses ennemis politiques méthodiquement, avec armes ou  à mains nues. Ne croit plus en rien, sauf en sa mission. Se sent  à l’aise dans le chaos ambiant. Esprit très lucide.

– des terroristes islamistes, dont Jawad, qui a trouvé dans le terrorisme un moyen d’évacuer sa haine et de donner un sens  à sa vie : homme de main qui abat un avion de ligne et fait un massacre à IKEA. Leur point commun : Ils vénèrent cette société de l’image, juste après Allah :  Tous leurs actes doivent être filmés, et bien,  pour toucher un maximum de mécréants.

– Al Quayrach, leader d’ un parti politique musulman, qui parvenait avant le chaos à faire entendre sa voix  en naviguant entre tous les courants : Dans ce « pays de faibles » qu’est la France, selon lui, l’implantation de ses idées dans les cerveaux lui semble très facile. Parvient  à récolter des fonds publics pour alimenter son mouvement. fin stratège.

– Renaud Lorenzino, homme politique de gauche par opportunisme, mais sans conviction. Premier défenseur des musulmans. Sais se faire apprécier par ceux qui ont de l’argent ou du pouvoir dans les médias, évite les conflits de personnes. Sadique au dernier degré dans le cadre de relations extra conjugales.

– Alice, une jeune femme courageuse, avec son bébé, qui prends beaucoup de risques pour rejoindre son mari Cédric qui se trouve à plusieurs kilomètres d’elle, et qu’elle aime de tout son cœur,

– Une foule de pilleurs, qu’on pourrait considérer comme un personnage à part entière : consumériste, incapable de la moindre réflexion, pire qu’un animal, ne vit que pour satisfaire des pulsions de violence extrême. Capable de faire ressortir le pire de chaque humain qui se laisse happer par elle.

– La Police, au service de l’Etat, et non du peuple : En sous-effectif, elle subit une tension extrême car l’Etat la conditionne à subir sans riposter :  Elle finit par ne plus oser se défendre face aux populations issues de l’immigration, même en cas de légitime défense, car elle sait que cela se retournera automatiquement contre elle.

– Guerilla, le nouveau nom que s’est attribué la petite fille métisse sauvée par le Colonel. Sa mère l’a conçue avec le meilleur ami de son conjoint, mis devant le fait accompli. Ce conjoint s’est senti obligé d’élever cette petite fille comme si elle était la sienne, à cause de la pression sociale de son entourage (valorisation  à tout prix de la « diversité sociale ») , mais au fond de lui, se sent meurtri d’avoir ainsi été trompé par sa compagne.

 

 

La très grande majorité des personnages dépeints par Laurent Obertone montrent à la fois un côté lumineux et un côté sombre. Par contre, on comprends clairement dans ce roman que la Pensée dominante a une vision très manichéenne des individus :  Les blancs représentent le mal, et les personnes issues de l’ immigration le bien absolu, dans toutes les circonstances (on trouve des excuses à certains comportements déviants, si besoin).

 

L’auteur évoque les différentes réactions des individus face à ce chaos : Laurent Obertone Guerilla

  • en faisant face aux événements :  pour protéger des êtres chers, pour démarrer une nouvelle existence, ou  pour mener  à bien une mission.
  • en fuyant : quitter le pays, par la route, par les airs, ou par le suicide.

 

Ce roman, très sombre, est toutefois parsemé de petites touches d’espoir en l’humanité, comme des phares dans une nuit noire : un jeune homme doté d’un couteau croise par hasard une femme qu’il aide  à accoucher, un caïd des cités se trouve ému par la simple présence d’une jeune fille à ses côtés, un Colonel qui sauve un petite fille de la mort, etc… Laurent Obertone Guerilla

 

On a parfois l’ impression que le terrorisme islamiste sert uniquement de mesure à l’ampleur du chaos ambiant : Le pays est tellement dévasté que les actions des terroristes n’ intéressent plus personne, elles paraissent insignifiantes. Ils ne savent plus quoi inventer pour se faire remarquer  (cf. le traquenard de Florac, inspiré de celui d’ Oradour-sur Glane pendant la Seconde Guerre mondiale).

 

 

4. Les idées développées : Laurent Obertone Guerilla

« Guerilla », c’est l’observation à la loupe des dysfonctionnements sociétaux de l’Etat français, qui s’empêtre dans ses contradictions :

  • Politique d’accueil massif des immigrants, généreuse en apparence, mais complètement déconnectée des réalités économiques du pays:  Impossibilité de leur fournir des conditions de vie décentes, notamment grâce à un travail pour chacun (déclaré, et pas illégal, la nuance est importante).
  • Suite aux 2 points précédents, pour sauver la face, l’Etat est donc contraint de déformer et cacher la réalité à ses concitoyens, en imposant à tous une pensée unique, le « bien-vivre ensemble » : Censure par l’Etat des canaux de communication « mainstream », qui finissent par avoir peur de nommer les faits et emploient un vocabulaire soigneusement choisi pour servir les intérêts de l’Etat, et non la vérité des faits.
  • Un laxisme flagrant et volontaire concernant la répression des délits commis.
  • On observe les louvoiements d’un gouvernement perdu entre le besoin de maintenir une apparence de fermeté face aux délits divers commis, et l’ impossibilité d’être aussi ferme qu’ il devrait l’être, sous peine de se retrouver débordé par un déchaînement de violence qu’ il ne pourra contrôler qu’en ternissant son image. Obertone aborde ce point avec la question du terrorisme islamiste : Le gouvernement tout entier le condamne fermement (ouf !), mais en parallèle, les cités « sensibles » sont inondées de subventions diverses et variées afin de contenir une violence sociale qui ne demande qu’ à s’étendre.
  • Un pouvoir en place qui interdit aux forces de l’ordre d’exercer pleinement leur travail, de peur de recevoir les foudres de l’opposition en étant accusé de « jouer le jeu des extrêmes » (extrême-droite). Résultat : une police excédée, à qui on interdit de tirer, même en cas de légitime défense, très mal entraînée et équipée.

 

« Guérilla », c’est également la mise en lumière de certains phénomènes : Laurent Obertone Guerilla

  • Les mouvements de foule.
  • Les rouages du système d’ information de ce pays.
  • Une société dans laquelle l’Image a pris le dessus sur l’Ecrit.
  • Individus en état de sidération lorsqu’ils sont menacés de mort, ou incapacités de ceux ci à tenter d’agir lorsqu’ils sont témoins d’agressions.
  • Une comparaison des piliers principaux sur lesquelles reposent les civilisations occidentales (l’individualisme, le consumérisme, le complexe judéo-chrétien) et orientales (le clan, la famille, la religion, l’honneur).
  • La démocratie, figure d’autorité, est remplacé par d’autres structures de maintien d’une forme d’ordre : La loi du plus fort et l’importance du clan.

 

 

MON AVIS :  Laurent Obertone Guerilla

« Guerilla » pourrait passer pour une dystopie, mais ce bouquin est tellement proche du réel qu’on est  à la limite du documentaire. Le scénario a d’ailleurs été écrit sur la base d’ hypothèses de travail du Renseignement français, comme le rappelle l’éditeur. Le climat très pesant du roman est dû à son caractère ultra réaliste : A la différence d’autres dystopies, pas d’échappatoire possible grâce à des décors futuristes, événements étranges ou personnages exotiques. On est ici au plus près de la réalité.

je n’ai absolument pas été surprise par ce début de roman, car il reproduit de façon très fidèle le traitement de faits divers identiques qui se produisent très (trop) régulièrement. Les impressions de Déjà-vu sont très fréquentes au cours de la lecture :  A moins de vivre dans une grotte en étant coupé de toute source d’information, on est pas étonné de la fausseté et de la barbarie dont peuvent être capables certains humains.

Ça n’est évidemment pas une lecture de plage, qu’on entame pour se changer les idées ou se détendre. Ce roman évoque des scènes très dures qui peuvent heurter (mais pas plus que le contenu d’un journal télévisé, rassurez-vous !). Il est parsemé également de moments émouvants, inattendus, qui incitent le lecteur à avoir tout de même un peu d’espoir concernant l’avenir de ce monde, qui sera développé dans le tome 2 de « Guerilla », « Le temps des barbares » . On ne sort pas indemne de cette lecture.

Le plus effrayant, dans ce roman, ça n’est pas la dégradation/disparition des biens matériels, mais la violence gratuite et non contrôlée, le sadisme sans raison de certains individus, qui deviennent pires que des bêtes : Exemple : le jeune Mael, qui est du côté des émeutiers lors d’une confrontation avec la police : Il finit par se faire lyncher par son propre camp, sans aucune raison. 

Ce qu’il aurait été intéressant d’accentuer dans ce livre, c’est le parcours psychologique des individus qui passent d’ une situation de calme, avant le chaos, à une situation de stress intense. On entends souvent que le caractère d’une personne peut changer du tout au tout, en bien ou en mal, en situation d’urgence. Ici, on a plutôt l’ impression que les individus sont toujours dans le même mode de fonctionnement, du début  à la fin du récit.

 

 

La lecture de ce roman est très fluide et dynamique, grâce à des chapitres courts. Chaque chapitre est consacré  à un personnage et on alterne ainsi de chapitre en chapitre entre les actions de divers personnages. On est tenu en haleine jusqu’à la fin. Il n’ y a pas de temps morts dans ce roman, l’action est présente du début à la fin.

Laurent Obertone a une écriture sans fioriture, simple, mais très visuelle. La grande précisons des termes employés est également remarquable :  l’auteur est capable, en peu de mots, de présenter ses personnages de façon complète, ou de décrire rapidement des scènes très sanglantes et peu ragoutantes. L’écriture de Laurent Obertone a la même précision que celle d’Emile Zola, mais sans les longueurs.

Le roman est parsemé de petites exagérations qui font sourire, un peu d’humour ne faisant pas de mal dans cet univers à l’ambiance très pesante. Ces exagérations ont pour vocation de souligner certains éléments présents dans notre monde : Elles passent très bien, et ne paraissent pas ridicules car bien écrites (la suspension d’incrédulité est respectée !). Toutefois, j’avoue ne pas avoir du tout cru au passage ou Zoé ouvre la porte de son appartement  à un individu habillé de façon lambda qui lui dit « La loi c’est moi, je vais te protéger, petite mademoiselle ! ». Il faut être très très  conne ou naïve pour agir de la sorte. Elle a d’ailleurs ensuite payé cette grossière erreur de sa personne. 

Comme le fait dire Laurent Obertone  à un de ses personnages : « personne n’est prêt  à un tel merdier ». Certains encore moins que d’autres.

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